“Projet Dernière Chance est une SF qui veut vous faire pleurer et rire” : Lord & Miller réinventent la SF avec Ryan Gosling

Rédigé le 20/03/2026
Allan Blanvillain

Quand les pères du diptyque Jump Street, du Spider-Verse ou encore La Grande Aventure LEGO parlent, on les écoute ! On a eu l'honneur de rencontrer Phil Lord et Chris Miller pour le formidable Projet Dernière Chance et de partager leur approche de la science-fiction.

Chris Miller et Phil Lord. Deux noms qu’on ne cesse d’entendre depuis que le duo a rencontré le succès avec des comédies comme La Grande Aventure LEGO, 21 et 22 Jump Street, des séries comme The Last Man on Earth et, surtout, en participant au scénario de l’une des plus grosses claques du cinéma d’animation et du film de super-héros du 21ᵉ siècle : la trilogie Spider-Verse.

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Depuis, on a le sentiment qu’ils sont partout. Pas tant que les deux hommes multiplient les productions. Projet Dernière Chance n’est que leur cinquième film derrière la caméra, en 17 ans, mais parce qu’on les associe régulièrement à divers développements, y compris à un film Star Wars. Ils devaient signer Solo : A Star Wars Story avant d’être remerciés au profit de Ron Howard, leur ton ne s’accordant pas avec l’idée voulue.

Comment Projet Dernière Chance peut changer la vision que nous avions de la science-fiction
© Sony

Un vrai plaisir donc, de les retrouver ensemble à la tête d’un film de science-fiction maîtrisant si bien les ruptures de ton, entre émotion et pure comédie, bien que le récit doive remercier le scénario de Drew Goddard (la série Daredevil) et le romancier Andy Weir (qui a également écrit Seul sur Mars).

Un film de SF feel-good ?!

Aux boulettes géantes, les cinéastes nous offrent cette fois une tempête d’émotions dans laquelle rires et larmes peuvent se conjuguer au plus-que-parfait. “Avec Projet Dernière Chance, nous voulions que vous ressentiez toutes les émotions que l’homme peut traverser, une expérience complète pour quiconque regarderait le film.”

“Nous n’aimons pas être catégorisés dans un genre en particulier. Tous nos drames préférés nous font rire et toutes nos comédies préférées ont des moments qui nous font pleurer. Donc lorsque nous écrivons ou filmons une histoire, on veut que les gens s’engagent dedans, aient plusieurs émotions.”

Cela passe notamment par casser quelques codes propres au genre, souvent propice à créer du drame, la petitesse de l’homme face à l’immensité de l’espace. Un cadre froid et inhospitalier, occupé par des personnages solitaires, abandonnés, une sorte de « trou noir punissant ». Projet Dernière Chance prend son décor à contre-pied, en filmant un homme seul sur Terre qui trouve une forme de maison dans l’espace, un ami.

Comment Projet Dernière Chance peut changer la vision que nous avions de la science-fiction
© Sony

L’espace comme lieu de révélation et d’intention ? Pourquoi pas après tout, puisque « lorsque l’on regarde vers le ciel, c’est toujours pour viser une forme de sommet, de gloire, comme pour s’encourager à quelque chose » (d’où plusieurs expressions consacrées). Projet Dernière Chance n’est donc pas tant un long-métrage se déroulant dans l’espace que le récit d’un homme monté très haut dans le ciel.

« Cela nous permet de créer de l’espoir. Nous n’avons pas besoin de nous rappeler combien le monde est difficile. Au contraire, je pense qu’on doit se rappeler de ce dont nous sommes capables, que l’on peut trouver les solutions et que notre avenir ne consiste pas qu’à être effrayé, que nous pouvons le déterminer. »

Toi plus moi plus eux plus tous ceux qui le veulent

L’autre contre-pied à la science-fiction se situe dans sa forme de buddy movie. Un film de genre aura tendance à abandonner rapidement le groupe pour créer l’isolation, ce qui aurait notamment fait ressembler Projet Dernière Chance à un ersatz de Seul sur Mars du même auteur. Ici, l’oeuvre entend davantage nous ramener à notre condition d’espèce sociale, collective. « C’est ce qui nous a inspirés dans le livre d’Andy, c’est la façon de résoudre un problème ensemble ». « Nous voulions créer un espoir. Celui de voir que si nous pouvions avoir de l’empathie pour l’autre et communiquer, alors nous pouvions vaincre toutes les difficultés. »

Comment Projet Dernière Chance peut changer la vision que nous avions de la science-fiction
© Sony

Une cohésion d’équipe au cœur du projet, qui doit passer par une thématique transversale dans le cinéma de Miller et Lord : la construction d’un anti-héros. Emmett (La Grande Aventure LEGO), Phil (The Last Man on Earth), Schmidt (21 Jump Street)… le héros parfait ne fait pas partie de la panoplie des cinéastes, trop éloigné de la réalité, des gens à qui s’adressent leurs films. Pas étonnant que le roman de Weir leur ai tapé dans l’oeil.

« Je ne pense pas être quelqu’un de super confiant, de l’image que l’on se fait de quelqu’un qui pourrait entrer et sortir d’un bâtiment en feu sans problème et sans peur. J’ai beaucoup de doutes et d’anxiété, comme tout le monde. Et je pense que la plupart apprécient de pouvoir s’identifier à un personnage qui leur ressemble, qui ne sera pas parfait. » (Chris Miller).

Grace n’est pas Sigourney Weaver dans Alien, Bruce Willis dans Armageddon ou même Cillian Murphy dans Sunshine. C’est un personnage qui a une vulnérabilité, des faiblesses. Mais qui nous rappelle que la vraie force « n’est pas de ne pas avoir peur, c’est d’avoir peur, mais de le faire quand même ». C’est ce qui a immédiatement poussé le duo et Ryan Gosling à se lancer dans cette aventure.

Un défi scénaristique et cinématographique qui rend Projet Dernière Chance original dans le climat actuel. Pour y parvenir, Miller et Lord ont dû affronter bien des obstacles, notamment celui de donner vie à Rocky (il a fallu six marionnettistes pour animer la créature), mais c’est en les franchissant qu’ils sont parvenus à rendre le film si bienveillant, si unique, qui s’inspire sans recopier. Une bouffée d’air frais à des années-lumière de la Terre.

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