Critique Retour à Silent Hill : un retour qui prend les Gans pour des cons ?

Rédigé le 03/02/2026
Allan Blanvillain

Troisième opus cinématographique lié à la fameuse saga, Retour à Silent Hill adapte le second - et le plus apprécié – épisode de la saga vidéoludique. Mais pas de panique, cette adaptation est entre les mains de Christophe Gans, réalisateur de Silent Hill 2006 et grand fan du jeu. Pas de panique on a dit...

Bien qu’il fût décrié à sa sortie en 2006, Silent Hill a rapidement acquis son statut d’œuvre culte, aussi bien auprès des spectateurs néophytes que des fans. Pendant longtemps, il est resté l’exception au sein d’une multitude d’adaptations vidéoludiques ratées, celle que l’on citait en contre-exemple lorsqu’on constatait qu’Hollywood ne comprenait pas le dixième art. Une réussite que l’on devait au réalisateur français Christophe Gans.

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Le papa du Pacte des Loups et de Crying Freeman, gros joueur lui-même, était parvenu à saisir l’esprit de Silent Hill, livrant une adaptation non pas stricto sensu du premier jeu de la saga, mais de son atmosphère, de ce qui avait habité les joueurs pendant des heures. Le film respectait son modèle tout en assumant sa propre identité, notamment à travers une horreur plus visuelle.

Critique Retour à Silent Hill : un retour qui prend les Gans pour des cons ?
© Metropolitan Film

Tout le contraire de sa suite, Silent Hill : Révélation (3D), sortie six ans plus tard sous la houlette de M.J. Bassett. Cette fois, on tombait dans le fan service, le surlignage, les dialogues lourds et une action grasse remplaçant l’horreur. Le film prouvait que la production n’avait absolument pas compris l’origine du succès de l’oeuvre de Gans. Alors lorsque ce dernier annonce reprendre les manettes d’un troisième film, inspiré par Silent Hill 2, soit l’opus le plus aimé des fans, forcément, on a ce petit frisson d’excitation.

Le Retour de la Révélation

Après avoir reçu une lettre de Mary, la femme qu’il a profondément aimé, James retourne à Silent Hill pour la retrouver. Mais la ville qu’il connaissait a bien changé et semble aujourd’hui habitée par les ténèbres. Recouverte d’un épais brouillard et de cendres, dépossédée de sa population, la cité voit des monstres surgir de ses profondeurs. En plein cauchemar, James doit affronter ses peurs s’il veut retrouver son amour perdu.

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© Metropolitan Film

« À quel moment tout est parti en sucette ? ». Voici la seule question que l’on puisse légitimement vouloir poser au cinéaste après le visionnage de Retour à Silent Hill. Précédé de premiers retours catastrophiques et d’images promotionnelles peu rassurantes, on a encore du mal à croire que toutes nos craintes se sont confirmées.

Pourtant, il est évident que Gans est sincère dans sa volonté de rendre justice au second volet vidéoludique et certains plans laissent entendre que le metteur en scène de Silent Hill est toujours là, vingt ans après. Malgré un budget deux fois moindre, on sent une véritable envie de bien faire.

Alors comment expliquer un tel résultat ? Comment expliquer que ce Retour ressemble davantage à l’épisode Révélation qu’à celui de 2006 ? On sait que le réalisateur a peu tourné durant la dernière décennie, mais pas au point où son nouveau film accuse vingt ans de retard sur tous ses aspects, paraissant même plus daté que le premier long-métrage.

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© Metropolitan Film

Peut-être la pression de s’attaquer à un monument vidéoludique était-elle trop forte ? Gans tente la même approche que lors de sa première tentative, néanmoins, il trébuche cette fois sur chaque obstacle. Là où ses rajouts narratifs rendaient Silent Hill, le film, plus digeste et compréhensible pour le spectateur, ce Retour est considérablement alourdi par ses pas de côté, au détriment du propos initial.

Silent ill

Gans cherche à installer une atmosphère similaire, mais les trop nombreux flashbacks ne font que briser cette dynamique, sans rien apporter de pertinent au récit. Ces séquences entendent surexposer la relation James / Mary, mettent davantage en lumière cette dernière et dénaturent ainsi tout ce que le jeu se plaisait à laisser dans l’ombre. Pire, elles introduisent une sous-intrigue originale aussi inutile qu’inconséquente, sans aucun impact sur le récit principal.

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© Metropolitan Film

Le long-métrage est frappé d’une violente crise de surexplication aiguë, commentant chaque élément de scénario comme s’il avait constamment peur de perdre le spectateur. C’est exactement ce qui était reproché à Révélation et salué dans Silent Hill (2006). Là où le mystère devrait s’installer, le film passe son temps à dissiper le brouillard, s’assurant que l’on a bien compris ses intentions. L’écriture est grossière et répétitive, au point qu’il devient rapidement impossible de se prendre au jeu, tant on a le sentiment qu’on nous tire par la main comme des idiots.

On reconnaît encore Gans dans quelques plans bien sentis, comme une mise à mort filmée depuis un iris ou une course effréinée dans les rues rappelant son modèle. Toutefois, le reste de la réalisation est dans le même ton que son scénario, le cinéaste semble obnubilé par notre compréhension de son œuvre. On pourrait parler de ses labyrinthes filmés en plongée ou de ses passages à l’hôpital, mais la plus grande trahison concerne l’iconique Pyramid Head, monstre intimement lié à Silent Hill 2. Son importance et son lien avec James sont au cœur du scénario du jeu. Ici, le secret ne dure qu’une fraction de minute, la caméra insistant trois fois (!) au cours d’une seule séquence sur la nature du monstre.

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© Metropolitan Film

Chaque symbole cesse rapidement d’en être un, vidant le film de toute portée émotionnelle et de toute tension dramatique. On passe d’une séquence à l’autre sans s’arrêter sur ce que Retour à Silent Hill cherche à raconter, puisque de toute façon, il nous le répétera à plusieurs reprises pendant 90 minutes affreusement longues. Il n’y a plus ces silences pesants, juste du commentaire de texte sur du commentaire de texte.

Le monstre, c’est le film

L’ensemble est peu aidé par un casting désincarné qui peine à trouver le ton juste entre perruques et fonds verts. Jeremy Irvine ne bénéficie que d’une très vague ressemblance forcée avec son personnage ; Hannah Emily Anderson joue chaque scène comme si elle appartenait à un film différent ; et le reste de la distribution se contente d’assurer une présence fonctionnelle, souvent uniquement pour faire un clin d’oeil au jeu.

Retour à Silent Hill choisit de ne pas choisir. Conscient de la hauteur de la marche, il refuse d’adapter littéralement Silent Hill 2. Pourtant, il en utilise les personnages, le fil rouge et plusieurs plans iconiques, sans jamais parvenir à embrasser une identité propre. Tout est brouillon, régulièrement assez laid (numériquement, le film fait mal aux yeux), et l’on retrouve des séquences quasi identiques à celle du film de 2006, avec beaucoup, beaucoup, moins de saveur (coucou les infirmières).

Au final, on a surtout le sentiment que Christophe Gans, armé des meilleures intentions, court deux lièvres à la fois entre son modèle vidéoludique et son passé cinématographique. Il échoue sur les deux plans, accouchant non pas d’un Retour, mais d’une nouvelle Révélation.

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