Critique Marsupilami : film familial, mais pas queue

Rédigé le 03/02/2026
Allan Blanvillain

Quatorze ans après Alain Chabat, Philippe Lacheau s'empare de l'animal imaginaire de Franquin pour signer une version du Marsupilami dans le pur esprit bande à Fifi, avec ce qu'il faut d'aventure familiale au milieu.

Si Philippe Lacheau a décidé de rajeunir son Marsupilami, la créature n’est plus de toute première jeunesse puisqu’elle fêtera cette année ses 74 ans ! L’animal est né de l’imaginaire de Franquin dans l’album Spirou et les Héritiers en 1952 ! Mais sa popularité est telle qu’il finit rapidement par avoir droit à ses propres aventures en bande dessinée, mais également en série animée. Oui, il a même eu son générique chanté par Lou Bega, l’interprète de Mambo No. 5. Et si vous ne voyez pas qui est Lou Bega, demandez à vos parents, ils sauront.

Sur la piste du Marsupilami

Il aura fallu attendre 2012 pour que la bestiole parvienne jusqu’au grand écran dans une version live signée Alain Chabat. Encore une adaptation de BD pour l’ex Nul et encore un succès puisque son Sur la piste du Marsupilami, dans lequel il tient le premier rôle avec Jamel Debbouze, réalise 5,3 millions d’entrées, soit l’un des plus gros du box-office français de 2012. Et rien que pour Lambert Wilson faisant du lipsync sur du Céline Dion, on vous le conseille. Tout ça pour dire qu’il est presque étonnant d’avoir attendu 14 ans pour un nouveau film consacré au Marsupilami. En même temps, on a bien attendu 13 ans entre Avatar et Avatar : la voie de l’eau.

Critique Marsupilami : film familial, mais pas queue
© Pathé Films

Sur le point d’être viré, David (Philippe Lacheau) accepte de ramener un colis d’Amérique du Sud pour son employeur (Jean Reno). Pour éviter la douane, il doit faire semblant de participer à une croisière avec son ex Tess (Élodie Fontan) et leur fils Léo (Corentin Guillot). Suite à un concours de circonstances, son collègue maladroit Stéphane (Julien Arruti) est aussi de la partie. Lorsque le colis est malencontreusement ouvert, ils découvrent un bébé Marsupilami. Les ennuis ne font alors que commencer.

Un Marsupilami en forme d’alibi ?

Il y a un effet étonnant avec les films de Philippe Lacheau qui est que le résultat est rarement ce qu’il paraît. En bien ou en mal selon ses admirateurs ou détracteurs. De notre côté, on se souvient avoir sorti les fourches pour son projet Nicky Larson avant de constater que le bonhomme avait réalisé l’une des adaptations de manga les plus réussies. Pour Le Marsupilami, les premières images laissaient entendre que l’acteur-réalisateur-scénariste allait s’engouffrer dans le domaine casse-gueule du film trop familial, quitte à oublier son humour impertinent.

Critique Marsupilami : film familial, mais pas queue
© Pathé Films

Encore une fois, nous nous trompions. Cette fausse suite du film d’Alain Chabat – il ne lui emprunte que le personnage de Debbouze – prend un peu son même parti de ne pas trop montrer la bête, du moins sur un bon premier tiers du long-métrage. Un espace laissé à Lacheau et ses camarades (y compris évidemment Tarek Boudali en ex-chanteur ringard) pour faire du Lacheau. Les gags visuels fusent, les vannes adulescentes aussi, sans oublier de nombreuses références à la pop culture. Nous reviendrons sur ce dernier point plus tard.

Si vous êtes fans de l’humour du bonhomme, alors ce Marsupilami reste une valeur sûre avec toujours ce sens de la générosité et du tempo comique. Tout n’est pas drôle à la même échelle, mais il y a une telle profusion de blagues, qu’il y en a forcément une ou deux (et plus si affinités) qui vous décrocheront au moins un sourire. Et si on pensait que l’esprit tout public du long-métrage allait empêcher des sorties de piste plus grivoises, nous n’étions pas prêts pour certaines séquences, notamment l’une impliquant une petite pilule bleue que personne n’aurait osée. Vous en rêviez ? Philippe Lacheau l’a fait.

Critique Marsupilami : film familial, mais pas queue
© Pathé Films

Il y a un domaine où « Fifi » brille particulièrement, c’est cette capacité d’avoir ressuscité le film de bande, sans tomber dans le piège de l’entre-soi. Oui, on sait qu’un film de Lacheau embarquera Fontan, Arruti et Boudali, ça fait partie du contrat, un peu comme à la belle époque du Splendid.

Sauf que plus les métrages passent et plus le groupe s’agrandit, comme si chacun prenait un plaisir évident à participer, même pour une seule scène. Que ce soit Reem Kherici ou Gérard Jugnot en Capitaine de navire -y compris d’autres que nous ne spoilerons pas – on retrouve les anciennes têtes se joignant aux nouvelles (Alban Ivanov, Jamel Debbouze) et cela donne une sensation de convivialité communicative. Comme si chaque film n’était qu’un alibi pour tous se retrouver. Sauf pour Jean Reno, qu’il faut vraiment penser à mettre en maison de retraite pour son bien.

Pour les grands et moins les petits ?

Mais le Marsupilami dans tout ça ? Pas d’inquiétude, la petite boule de poil est au rendez-vous, tout en mignonitude et espièglerie. Lacheau s’amuse comme un petit fou avec les capacités de l’animal et l’alchimie crée avec le jeune Léo est une belle surprise. Les enfants autour de nous rigolaient franchement dès que le bébé Marsu rentrait en scène, preuve que le réalisateur a réussi son pari.

Critique Marsupilami : film familial, mais pas queue
© Pathé Films

Néanmoins, on note qu’à vouloir plaire à un public plus élargi, Lacheau semble assez souvent avoir le cul entre deux chaises. D’un côté, nous avons son humour très pipi-caca parfois extrême (pas obligatoirement de façon négative) destiné aux adultes et, de l’autre, une sorte de retenue de sa part pour ne pas perdre un spectateur beaucoup plus jeune. Cela provoque une division auprès d’un public qui rigole rarement aux mêmes blagues, voire un certain ennui des enfants dès lors que le Marsu n’est pas à l’écran. L’équilibre est sans aucun doute l’élément le plus difficile à obtenir lorsque l’on tente ce genre d’exercice et le chef de bande trébuche plus d’une fois.

Cela s’entend notamment par les références employées. Un élément appréciable et foncièrement drôle pour quiconque « aura la réf’ », mais particulièrement omniprésent dans ce film, au point où des segments entiers prennent une allure d’hommage trop appuyé. Dragon Ball, Les Goonies, Le Transporteur, Top Gun, Titanic… tout un pan de la pop culture y passe, en cultivant un esprit de « film pour initiés » assez chargé.

Entre le clin d’oeil, la parodie et le plagiat, il y a une limite pas encore franchie, mais on s’en rapproche dangereusement. Après, tant qu’on n’y est pas, on continue de bien s’en amuser et c’est peut-être tout ce qui compte, n’est-ce pas ? Au final, c’est ce qu’on retiendra de ce Marsupilami, cette sensation de s’être éclatés tout du long, parfois à des moments plus qu’à d’autres certes, avec une bande à Fifi qui, elle, ne semble pas avoir fini de faire des conneries.

Sur la piste du Marsupilami