Canal+ vs Cloudflare : la guerre anti-piratage entre dans une nouvelle dimension

Rédigé le 25/03/2026
Florent Erculisse

Canal+ attaque Cloudflare en justice pour lutter contre le streaming sportif illégal. Une décision qui marque un changement de stratégie dans la lutte contre le piratage.

La croisade des diffuseurs officiels de rencontres sportives à l’encontre des plateformes de streaming illégal prend une nouvelle tournure. Le 18 février dernier, c’est Canal+ qui, tambour battant, a introduit une action en justice auprès de la Cour de Cassation visant Cloudflare.

Cloudflare est un acteur américain du web qui fournit des services DNS et un réseau de diffusion de contenu (CDN) à des clients. Tous ces services permettent ensuite aux internautes d’accéder à des sites bloqués par les opérateurs.

C’est là que l’action en justice initiée par Canal+ surprend par rapport à toutes celles menées jusqu’à présent par les différents diffuseurs. Habituellement, ceux-ci s’attaquent aux fournisseurs d’accès à Internet (FAI), comme Orange, Free ou SFR. Mais là, Canal+ s’attaque directement à la source du problème.

Car ordonner aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer un site ne suffit plus. En effet, lorsqu’un utilisateur tape dans sa barre de recherche “site-pirate.com”, le FAI fait semblant de ne pas connaître l’adresse et empêche l’utilisateur d’y accéder. Mais l’utilisateur peut, en changeant ses réglages DNS, accéder au site en passant directement par Cloudflare et non plus par le fournisseur. Concrètement, Cloudflare “masque” l’adresse réelle des serveurs des sites pirates et empêche donc de faire fermer ces sites.

Avec sa plainte, Canal+ veut faire pression sur Cloudflare pour l’ensemble des diffuseurs officiels de compétitions sportives. Dans le cas présent, la décision de justice rendue par la Cour de Cassation a pour but de protéger les droits détenus par Canal+ pour trois compétitions, à savoir l’UEFA Champion’s League, la Premier League et le Top 14, le championnat de rugby.

Une cinquantaine de sites bloqués

Cloudflare a donc trois jours pour procéder au blocage de nombreux sites diffusant illégalement les matchs des compétitions précédemment citées. Au total, ce sont plus d’une cinquantaine de sites qui sont concernés, parmi lesquels canalsport.ru, veplay.top, antenaplanet.store…

La société américaine avait argumenté auprès du tribunal que mettre en place de tels blocages serait complexe à mettre en œuvre, qu’ils seraient facilement contournables et, surtout, que cela engendrerait des coûts techniques trop importants. Qu’à cela ne tienne, la société doit se conformer à la décision de justice, et même bloquer automatiquement les nouveaux noms de domaine créés pour remplacer les sites bloqués.