À une époque pas si lointaine, l’apparition du logo HBO annonçait quasiment systématiquement que ce qui allait suivre pouvait s’inscrire dans l’histoire des séries. Depuis, le nom a perdu un peu de sa superbe, malgré des sorties encore réjouissantes. Il y avait donc une place à prendre pour qui chercherait à miser davantage sur la qualité que sur la quantité de son catalogue. Une place risquée puisque la logique économique élémentaire préconise le contraire. Un pari qu’a voulu tenter Apple TV dès son lancement, au point de mettre plusieurs fois en danger l’avenir de la plateforme de streaming.
Desperate Housewives, l’intégrale !
On ne dit pas que tout contenu original estampillé Apple TV nous fait mouiller les draps, mais il faut reconnaître qu’on a toujours ressenti une intention créative derrière chacun, capable de bousculer les codes à la marge ou de les reproduire avec une efficacité redoutable. Slow Horses, Pluribus, Shrinking, Severance, Monarch… la liste est longue et continue de s’étoffer. On est parfois sceptiques, jamais mécontents, du moins de mémoire – on est conscients que celle-ci peut être limitée. Et puis Imperfect Women est arrivée.
L’histoire d’Imperfect Women
Adaptée d’un roman d’Araminta Hall, la série nous présente trois amies de longue date, inséparables. Eleanor (Kerry Washington), la chef d’entreprise aux relations d’un soir. Mary (Elisabeth Moss), la mère de famille. Et Nancy (Kate Mara), dont le mariage bat de l’aile. L’intrigue débute lorsque Nancy est retrouvée assassinée.
Alors que la police ouvre une enquête, Mary et Eleanor vont bientôt être bousculées par les secrets de chacune. Qui était cet amant secret de Nancy ? Est-ce que Robert (Joel Kinnaman), son mari déboussolé, était au courant ? Plus les révélations s’enchaînent et plus les deux femmes se demandent si elles connaissaient si bien celle qu’elles pensaient leur amie.
Imperfect Women, parfait ennui
Imperfect Women est un bel écrin. Une direction artistique soignée, des jolis décors, un trio d’actrices dont la présence suscite d’emblée l’intérêt et des seconds rôles tout aussi cinq étoiles. Et puis les récits autour des vilains petits secrets des personnages, cela fonctionne toujours. Les gens aiment le thriller psychologique, c’est une valeur sûre.
Toutefois, on n’ira pas au bout des huit épisodes qui composent cette mini-série. Premièrement, parce que l’on connaît déjà l’identité du ou de la coupable. Il a suffi d’aller vérifier ce qu’on avait deviné au bout de quelques scènes, car… Imperfect Women fonctionne sur un seul principe : le cliché !
Ce type de thriller marche quasiment systématiquement sur les mêmes schémas narratifs et il est souvent plus casse-gueule de tenter de le décodifier sans en avoir les compétences. Bref, le trope est presque ce pour quoi on signe, comme pour un whodunit. À ce stade, on est conscients que notre souci majeur avec le show est notre appétit pour le genre qu’il met en scène et qu’on est difficilement surpris par des rebondissements qu’on a déjà connus mille fois, souvent de manière plus subtile.
Alors comment parvenir à se passionner pour un récit dont on devine déjà les révélations ? En y intégrant du soap ! Imperfect Women va muscler son jeu avec du drama sentimental traditionnel, à la recherche de notre addiction. Est-ce qu’on veut davantage savoir l’identité de l’assassin – si oui, une série policière est plus adéquate – ou plutôt assister à l’inévitable déballage de vilains secrets ? Sommes-nous là pour le qui tue qui ou plutôt le qui couche avec qui ?
Sauf que là aussi, la série ne s’épargne toujours aucun stéréotype et ne prend même pas le temps d’installer sa tension (dramatique ou sexuelle), réunissant les personnages au lit après quelques phrases. Le récit tournant autour de ces amitiés de façade, on aurait néanmoins apprécié que la façade tienne plus de deux minutes, histoire de rendre la chose plus crédible.
C’est là l’autre problème. On n’y croit jamais. On a peut-être passé l’âge de s’intéresser aux coucheries de gens beaucoup trop riches, aux sous-intrigues aussi intéressantes qu’un débat sur les municipales, là où des shows comme Big Little Lies ou Sharp Objects osaient bousculer les normes. Ici, on est juste face à un Desperate Housewives plus clinquant, fonctionnant sur la seule mécanique de l’alternance de point de vue subjectif par épisode. Une mécanique qui aurait gagné à marcher à chaque épisode et non par groupe (on sature vite d’Eleanor).
Dès lors, pourquoi taper sur un programme qui se destine sûrement à une population moins habituée à ce type de contenu, ou, comme pour les films de Noël, un amateur venu justement chercher une habitude réconfortante ? On ne regarde pas Love is Blind pour sa finesse, n’est-ce pas ? Sans doute parce que nous ne sommes pas sur une production Netflix, Prime ou autre, et qu’on a peut-être vu Apple TV trop grand pour ce genre de production sans âme. Après tout, même Dope Thief parvenait à imposer son identité, la rendant intéressante au-delà de ses tropes usuels. Puisque cet effort n’est pas consenti par Imperfect Women, aucune raison qu’on en fasse davantage à continuer notre visionnage.