Critique Lucky Luke : série qui a peur de son ombre ?

Rédigé le 23/03/2026
Allan Blanvillain

C'est sans doute l'une de nos curiosités principales dans les nouveaux contenus proposés par Disney+ en cette première moitié de 2026 : une nouvelle adaptation en live-action du légendaire Lucky Luke, cette fois en format série. Quant à savoir si elle vise juste, c'est une toute autre histoire...

2026 marquera les 80 ans d’un personnage qu’on ne présente plus. Lucky Luke, héros de la bande dessinée éponyme créée par Morris avec l’aide de plusieurs scénaristes dont un certain René Goscinny (Astérix & Obélix). Le cow-boy solitaire qui tire plus vite que son ombre aura survécu à tout : aux Dalton, à la mort de Morris (la BD continue sous le crayon d’Achdé), et aux adaptations foireuses.

Le dernier album de Lucky Luke est disponible

Car si on ne compte plus les dessins animés ou les dérivés autour du personnage, dont des séries consacrées au chien le plus stupide de l’Ouest, Rantanplan, les versions en live action ont toujours systématiquement pris soin de… rater leur cible. Qu’il s’agisse de l’acteur Terence Hill en 1991, d’Éric et Ramzy en 2004 sur un film davantage consacré aux Dalton, ou encore de Jean Dujardin en 2009, à chaque fois que Luke prenait vie à l’écran, il signait sa mort. C’est donc avec un certain scepticisme, on l’avoue, qu’on a accueilli la nouvelle d’une série adaptée sur Disney+, avec Alban Lenoir dans le rôle titre. Chat échaudé…

© Disney+

Une adaptation « libre »

Histoire de s’éviter déjà quelques foudres, les scénaristes et créateurs Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy (la série Belphégor, le prochain Astérix – Le Royaume de Nubie) précisent bien en préambule qu’il s’agit d’une libre adaptation en hommage à Morris et Goscinny. Le récit principal ne reprend donc pas un album en particulier et cherche davantage à s’amuser avec les codes du personnage.

Véritable légende de l’Ouest, justicier courageux, calme et solitaire, Lucky Luke est l’homme connu pour « tirer plus vite que son ombre ». Sauf que là, il est blessé à la main avant un duel et sent que le vent pourrait tourner. Il ne doit son salut qu’à l’intervention de la jeune Louise (Billie Blain), adolescente au caractère affirmé à la recherche de sa mère. Luke décide de l’aider. Pendant huit épisodes d’une trentaine de minutes, ils vont parcourir l’Ouest, vivre des aventures, croiser des alliés, des ennemis, et peut-être devoir déjouer un complot national.

© Disney+

Une intrigue originale qui sait néanmoins faire pas mal de clins d’œil à des récits iconiques tirés notamment des albums Le Juge (1959) ou L’Empereur Smith (1976), jouant beaucoup sur les attentes des fans. La série veut conjuguer l’hommage avec quelque chose de plus sérieux, presque crépusculaire autour du cow-boy, en appelant à son passé héroïque (ou non) pour le retravailler à la marge. Non sans être une comédie pure.

Rantanplan et raplapla

Toute la question est de savoir si la série avait les moyens de ses ambitions ? Et on ne parle pas des décors naturels, la caméra se posant dans les paysages d’Espagne pour un effet respectant les codes du western. La direction artistique a fait un joli travail pour retranscrire les dessins de Morris en quelque chose de plus réaliste.

Lucky Luke est une série frustrante. Frustrante, parce que systématiquement, un élément qui fonctionne en percute un autre plus désastreux. Du début à la fin. L’intrigue originale est bien menée et permet d’exploiter énormément l’univers, mais peut-être par sa nature de série de plateforme de streaming, les enjeux sont répétés jusqu’à plus soif. Comme si nous étions trop bêtes pour retenir une information déjà énoncée 2 minutes plus tôt.

© Disney+

Jouer avec la figure de l’homme sans peur solitaire en lui collant une Némésis et une partenaire mettant sa légendaire patience à l’épreuve, bonne idée ! D’autant qu’Alban Lenoir est sans doute l’incarnation la plus convaincante et fidèle du héros et que Billie Blain est une adolescente rebelle moins agaçante que son pendant dans Nero. Mais les deux n’ont quasiment aucune alchimie à l’écran, se débrouillant bien mieux chacun de leur côté.

Lucky Luke souffre du même problème que Luffy dans One Piece saison 2. Comment tenir toute une saison, créer des enjeux dramatiques, des dangers, quand on sait que le héros peut régler le problème en, ici, un coup de revolver ? En le rendant ridiculement faible. Comme si le show tentait de s’amuser avec la différence entre légende et réalité (Calamity, si tu nous entends), Luke n’est jamais à la hauteur de sa réputation et se retrouve très souvent en retrait face à la foule de personnages secondaires qui prend bien plus efficacement l’espace.

© Disney+

C’est peut-être ce qu’on retient de ce Lucky Luke au final, un manque d’équilibre permanent ; cette incapacité à convertir ses coups d’éclat sur la durée. La série passe son temps à bafouiller, à l’image de son montage hasardeux et de sa réalisation assez plate. Les acteurs eux-mêmes ont parfois du mal à trouver le bon ton entre une réplique, une blague, s’échangeant des regards forcés, presque gênés.

Le problème de Lucky, c’est Luke

Ce Lucky Luke ne sera donc pas l’adaptation qui parviendra enfin à mettre tout le monde d’accord et pourtant, on rage de voir qu’elle aurait pu si elle avait su mettre les bons ingrédients au bon endroit. Parce que oui, si toutes les situations humoristiques ne font pas mouche, voire sont parfois gênantes, il y a de vrais traits d’esprit hilarants par instant.

On aime l’intention, celle de vouloir se moquer des gimmicks de la BD, des protagonistes pittoresques de Morris, avec un humour anachronique qui n’a rien à envier à un Alexandre Astier ou un Alain Chabat sur certaines sorties. Désolé pour Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy, mais on ne compte plus les fois où on s’est dit que le show mériterait une autre plume pour améliorer l’écriture, le tempo comique, pour appuyer la bonne volonté initiale

Une volonté qui mérite d’être saluée malgré tout, parce que l’on sent que la série en déborde. Rien qu’à voir le traitement et l’interprétation des personnages secondaires, véritables stars du show. Que ce soit Camille Chamoux en Calamity Jane, Victor Le Blond en Billy le Kid et surtout l’excellent Jérôme Niel en Joe Dalton, chaque nouveau visage redynamise la série, provoque plusieurs rires ou sourires puis, malheureusement, s’en va. Lucky Luke échoue quand le reste du casting devient plus attendu et apprécié que le héros.

Le dernier album de Lucky Luke est disponible